C’est le printemps…

22 03 2009

C’est le printemps. Les chattes ont le cou humide. Les canards se tapent les coins et les recoins. Les ânes cachent leur bonnet. Les moutons ont la laine. Les vaches c’est pis. Un rayon de soleil et mon nez pelle. J’adore la campagne. Vous m’en mettrez un grand pain coupé. Sur les bancs, les vieux se redressent en craquant. A la ville, les cinémas se vident. Les cafetiers servent à tours de bras. Les terrasses dégoulinent de rire. Les enfants sont lâchés. Légers comme des ballons, ils zigzaguent entre les odeurs de gaufres. J’ai la barbe à papa qui me chatouille le souvenir. Une abeille soubrette atterrit le cul en feu sur ma fenêtre. Le chambranle s’en branle et j’en suis tout chamboulé. Dehors, le froid est juste en dessous du chaud. Je veux croire à la promesse du premier soleil. Mais, comme un rappel à l’ordre, une voiture de police, tout gyrophare dehors, crie attention. Respectez la distance. Rangez vous sur le bas côté, les sirènes. Inutile de fantasmer, la poulaga veille au grain. Bas résilles et rouge à lèvres excessif prohibés, circulez il n’y a rien à voir. Le sang des arbres coule à flots. La bière aussi. Les filles sont comme des bourgeons. Prêtes à se déployer. Et à se replier au moindre coup de grisou. Les jeunes pousses exhibent de faux diamants, tous les regards convergent vers les nombrils à l’air, offerts… L’atmosphère est chargée d’envie, d’odeurs, de sève qui monte. Pollen et phéromones sont à la fête. Une immense énergie nourrit nos neurones. Je sors d’hibernation, le printemps me sort par tous les pores. Serais je, comme vous, béliers venus de mars ?

Publicités




Comme le pic vert

17 03 2009

Un rayon de printemps. Et me voilà pimpant. En habits de mousquetaire. Prêt à affronter mes angoisses matinales et la réalité avec bonne humeur. Sous un porche, jambe droite déjà en mouvement, une femme belle comme la rosée, farfouille dans son sac à la recherche de ses clefs. Il est six heures du matin. Son image se gravera dans l’histoire de cette journée mémorable. Une bise agressive s’attaque à chaque centimètre de son dos à découvert. Un frisson la parcourt. Je donnerais une vie pour cette merveilleuse chaire de poule… Son regard croise le mien. Complices. C’est le printemps. Sans équivoques. Nous sommes seuls au monde. Elle va me sourire, quand une voiture se parque mal sur le trottoir d’en face. Le véhicule me la dissimule. Et avec elle, sa promesse de félicité… comme un oiseau de mauvais augure. Trois hommes, dont un, en uniforme de policier, en débarquent avec lourdeur. Le silence est troublé par une bagarre de corneilles se disputant avec des pies. Cela sent les ennuis. Je les reconnaîtrais à cent mètres à la ronde. Le policier est suivi par un huissier qui s’est choisi une cravate bleue. Pour faire honneur aux premiers bourgeons. Serait il amoureux? Qui s’amouracherait de quelqu’un qui récolte toute la misère du monde? Pourquoi fuir? Je l’attendais un jour ou l’autre. C’était prévisible. Il a une bonne tête. Inattendue. Je vais l’accueillir sur le pas de la porte. Joyeux luron, il peinera à trouver la mine de circonstance pour annoncer le pire. Il va s’approcher pour vérifier que je suis bien celui qu’il recherche. Mon calme apparent lui facilitera les choses. Inutile d’opposer la moindre résistance. Il finira de toutes façons par noter froidement ce qu’il me reste de biens. En d’autres circonstances, je pourrais trouver sympathique quelqu’un qui se préoccupe de mon bien. Malheureusement, il y a de fortes chances que le texte qu’il me destine rassemble tous les rappels détestables d’un passé sous forme aseptisée. Pourquoi venir me hanter ? Je suis évidemment au courant de ces dettes qui grossissent à vue de nez. Je refuserai comme chaque fois de les considérer comme miennes. Trop de choses à payer, injustes et humiliantes. L’impuissance qui me révolte se réveillera. L’émotion prisonnière enclenchera ma colère. Je devrai me contraindre, éviter la bagarre, jouer du verbe et d’ironie. Cette fois, j’aimerais éviter de me donner en spectacle au voisinage. Je me compose un personnage détendu, alors que je tremble de rage contenue. Je ferme les yeux pour lancer ma première réplique. Mais je les sens qui me frôlent et passent devant moi, sans m’accorder un regard. Le plus grand appuie sur la sonnette de la maison voisine. Comme le pic vert, j’assène quelques coups de têtes à mon arbre préféré. Pour me convaincre d’avoir éviter le pire. C’est le printemps, un jour de sursis. Tant pis si je sonne creux.





Et salut, mon pote….

9 03 2009

Et salut mon pote.

Mon pote le chien a perdu le cap. En quelques heures, il a rompu les amarres. Inutile de le chercher encore. Il est de l’autre côté de notre histoire. Au pays de rêves canins. Sur les rives enchantées du pays des caresses sans fin. Là où les os cadeaux pullulent à volonté, à portée de museau. J’ai dans la tête ses jappements du matin, ses aboiements compulsifs et ses énervements malsains. Je peux encore le voir sans devoir faire d’efforts de mémoire. Le souvenir de son odeur se mélange à celui de la chaleur de sa fourrure de grand lion paresseux. Nous avons eu de grandes conversations, juste à nous deux… Il écoutait mieux que moi. Du bout de la truffe. Il dodelinait de la tête comme pour relativiser mes grandes envolées existentielles. Sa philosophie de vie reposait sur le carpe diem qu’il essayait de m’inculquer. Remuer la queue, manger dormir et se faire caresser. Marquer sans fin son territoire pour se sentir exister. Dans son rôle de gardien, de rassembleur, il a bien mérité sa pitance. Quoi qu’en penseront les chats noirs de la voisine. Ses manies ont rythmé d’agréables agacements quelques années d’existence. Sa bêtise apparente m’autorisait à m’en moquer avec tendresse. Faux macho ou grand tendre, prétentieux ou timide, il crânait plus qu’il ne concluait. Salut Corto, j’aurais aimé te traiter d’idiot quelques années de plus. Mais tu es parti. En paix, le sourire à la gueule, sans crier gare. Merci pour cette confiance que tu m’as offerte, mon pote. Et à un de ces jours,… à rebrousse poil.