Comme le pic vert

17 03 2009

Un rayon de printemps. Et me voilà pimpant. En habits de mousquetaire. Prêt à affronter mes angoisses matinales et la réalité avec bonne humeur. Sous un porche, jambe droite déjà en mouvement, une femme belle comme la rosée, farfouille dans son sac à la recherche de ses clefs. Il est six heures du matin. Son image se gravera dans l’histoire de cette journée mémorable. Une bise agressive s’attaque à chaque centimètre de son dos à découvert. Un frisson la parcourt. Je donnerais une vie pour cette merveilleuse chaire de poule… Son regard croise le mien. Complices. C’est le printemps. Sans équivoques. Nous sommes seuls au monde. Elle va me sourire, quand une voiture se parque mal sur le trottoir d’en face. Le véhicule me la dissimule. Et avec elle, sa promesse de félicité… comme un oiseau de mauvais augure. Trois hommes, dont un, en uniforme de policier, en débarquent avec lourdeur. Le silence est troublé par une bagarre de corneilles se disputant avec des pies. Cela sent les ennuis. Je les reconnaîtrais à cent mètres à la ronde. Le policier est suivi par un huissier qui s’est choisi une cravate bleue. Pour faire honneur aux premiers bourgeons. Serait il amoureux? Qui s’amouracherait de quelqu’un qui récolte toute la misère du monde? Pourquoi fuir? Je l’attendais un jour ou l’autre. C’était prévisible. Il a une bonne tête. Inattendue. Je vais l’accueillir sur le pas de la porte. Joyeux luron, il peinera à trouver la mine de circonstance pour annoncer le pire. Il va s’approcher pour vérifier que je suis bien celui qu’il recherche. Mon calme apparent lui facilitera les choses. Inutile d’opposer la moindre résistance. Il finira de toutes façons par noter froidement ce qu’il me reste de biens. En d’autres circonstances, je pourrais trouver sympathique quelqu’un qui se préoccupe de mon bien. Malheureusement, il y a de fortes chances que le texte qu’il me destine rassemble tous les rappels détestables d’un passé sous forme aseptisée. Pourquoi venir me hanter ? Je suis évidemment au courant de ces dettes qui grossissent à vue de nez. Je refuserai comme chaque fois de les considérer comme miennes. Trop de choses à payer, injustes et humiliantes. L’impuissance qui me révolte se réveillera. L’émotion prisonnière enclenchera ma colère. Je devrai me contraindre, éviter la bagarre, jouer du verbe et d’ironie. Cette fois, j’aimerais éviter de me donner en spectacle au voisinage. Je me compose un personnage détendu, alors que je tremble de rage contenue. Je ferme les yeux pour lancer ma première réplique. Mais je les sens qui me frôlent et passent devant moi, sans m’accorder un regard. Le plus grand appuie sur la sonnette de la maison voisine. Comme le pic vert, j’assène quelques coups de têtes à mon arbre préféré. Pour me convaincre d’avoir éviter le pire. C’est le printemps, un jour de sursis. Tant pis si je sonne creux.

Publicités

Actions

Information

One response

9 05 2009
cartones b

anime haut d’hier,
eue main demain,
il est piqué,
part donné lui scier.
BENJI.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :