Knockke en cloches…

26 04 2009

Et si nous disions merci à cette mer du Nord à la merci de nos vagues à l’âme. A cette eau, vaguement grise, franchement mousse et souvent brume. A celle qui s’attaque à nos châteaux en Espagne avant qu’ils ne s’effondrent en larmes de sable. Libérés de nos entraves, comme des chiens fous, nous irions courir en rond. En sarabande insensée de poils longs et courts, pour finir ivres d’embruns et d’amertume. Nous plongerions nos mains dans les sables de l’enfance. A la recherche de coquille d’âges. Nous écraserions mile couteaux sans le vouloir. Adultes assassins. Nous panserions nos blessures comme autant de meilleurs souvenirs. Nous dégusterions des crèmes glacées sur nos vélos trop grands, ou des crêpes mikado avec nos papas intensément présents. Nos oreilles rouges de chaleur héritée de l’air froid nous feraient ressembler à ces crevettes grises si difficiles à éplucher. Le sable de Pâques nourrirait nos chaussures et nos envies de voyage. Nous nous gaverions de serments au chocolat chaud. Nous cracherions dans la soupe, place m’as-tu vu, sous le regard blasé des héritiers en loden vert. Nous aurions le nez qui coule, et des disputes qui n’en seraient pas. Entre spleen et cafard, nous referions le monde en riant trop fort. Pour un premier baiser, nous hanterions les dunes. Nous laisserions le vent gonfler nos cheveux comme un avant goût de caresse. Nous tirerions la tête, sans raison, juste pour broyer du noir. Nous nous ferions adolescents pour que quelqu’un fasse attention à nous. Nous dévorerions en cachette nos livres d’aventure comme autant de friandises inédites. Nos bottes, sur le paillasson, atteindraient sept lieues. Nos superbes voisines nous diraient bonjour en Suédois. Et quand enfin, un bout de papier parfumé atterrirait au creux de nos mains, il serait temps de plier bagages. Nous ramènerions, médusés, dans nos poches étriquées, une étoile de mer écoeurante, un œuf en chocolat fondu et une fameuse envie de mourir qui n’en finirait plus.

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4 responses

27 04 2009
anne

a lire un si beau texte, fleurant la marée du Nord, qui n’est pas un parfum mais bien une senteur forte et n’en déclenche pas moins dans mes anciens neurones, non pas une madeleine, mais une boule de Berlin fourrée de douce crême… à lire un si beau texte, j’éprouve davantage d’émotions, de douceur d’enfance, de partage de connivence, que je n’en ai éprouvées dans ce lointain Cambodge, aux marées délavées ….
Merci Patrick

27 04 2009
serge dielens

Mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm ce texte sent bon le Coppertone et me donne envie de planter des oyats dans mon petit jardin de ville.

Bravo pour cette vision toute en prose d’une partie bien reconnaissable de notre vie à tous (ou presque)!

Serge

27 04 2009
jd

Ah! Souvenirs, souvenirs… et c’est tellement vrai! Mais tu n’as pas choisi la facilité: le conditionnel (si je me rappelle bien)… quelle est la condition? Et la fin est si triste mais c’est là que nous allons tous…

29 04 2009
Isabelle

Quelle belle page de souvenirs si parlant … la mer, le sable, les coquillages de mon enfance, les crèmes glcées, les balades à vélo : très joli texte qui fait sourire !! si ce n’est que mon enfance est sans la place « matuvu », puisque dans ce joli village de Coq-sur-Mer (à l’ancienne), soit De Haan aan Zee.
Je viens de m’y retrouver pendant quelques minutes … je commence bien ma journée de mes déjà 54 ans !

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