Magritte, ma gratte et nous deux dans ta grotte

23 05 2009

Magritte, ma gratte et nous deux dans ta grotte

As-tu remarqué, mon amour,  qu’à  peine ouvert, le musée nouveau-né sent déjà le renfermé ?  L’air y est froid, conditionné au ton des visiteurs en mal de commentaires. Alors qu’ils devraient se préoccuper du comment se taire. Faire bon usage de la parole au sens propre comme au figuré…

Dis-moi, comment ma guitare canaille aux pieds nickelés, pourrait rendre les couleurs  rebelles d’un ré 7em diminué? Comment faire un pied de nez aux regards sérieux des visiteurs encravatés ?

Traçons  le climat propice. Le temps d’ajuster un boule sur ma tête  de publicitaire, au regard imbécile, et je plaque un accord de do, en traître,  in memoriam. En hommage affiché à ces dessins dada qui  font dodo à tout jamais.

Quoique j’en dise, Maître, tu  demeures au moins un mètre  au dessus des mots et des images. Sur le réel, alité, improbable … comme après l’explosion de tes toiles exposées.

Demi tour, il ne peut y avoir de sens à la visite. Cela ne se fait pas d’empêcher les toiles de respirer. Côté pipe ou côté farce ? Soyons vache. Pas besoin d’avoir peur. Rien n’est arrêté. Il suffit de tout revoir avec étonnement..

Prends moi dans tes bras, mon aimée,  mi femme mi nuage, car j’ai le blues des notes en mineur.   Je veux mettre le haut la à la tyrannie des souvenirs d’enfance. Pas besoin de les évoquer à la saveur des larmes, pour passer au sol, les pieds dans les nuages.

A l’art… me disait le conservateur en levant son verre de lunettes. Mais interdiction de le voler.

Tiens…un envol de nuages paysages ! Serait ce encore l’été ou déjà l’avoir été ?

Comme ces oiseaux plantés en épis, j’épie les sorties de cadre….j’attends l’échappée belle. Comme un joueur, je ressasse en secret mes blagues de potache, mes pétards mouillés.  Je mute en silence.  Et si la douleur de mes bourgeons naissants me crispe le dos, c’est parce que je prends racine ici dans l’ailleurs.

Des femmes plâtrées rêvassent à demi nues devant des arbres- maisons d’enfance… pour  rire.

Les guides, eux,  parlent raison dans toutes les mauvaises langues. Pourquoi ont-ils oublié la poésie de la déraison de l’imaginaire ?  Personne ne chante en fa. C’est triste, tu ne trouves pas ? Quand un musée ne laisse pas s’amuser, c’est un a-musée.  Assez de visites de courtoisie, ces toiles ne devaient pas être des références… mais des irrévérences rebelles. Pour provoquer nos habitudes. Pour jalonner nos raccourcis de pensées plurielles.

Alors  que les portes des tableaux de Magritte laissent  passer les ombres, les  murmures de ma gratte se découpent sans ombre portée. . Jouons, mon amour, la vie n’est rien d’autre que  du théâtre. Dansons avec nos masques comme des démons pervers. Masquons nos pommes, car à l’évidence il n’y aura rien d’autre dans l’au-delà.

La douleur du réel me crispe le dos. Pour me consoler, tu évoques notre prochaine exposition au soleil. Nous penserons des vacances  en couleurs. Laisserons nos images s’accoler. Un souffle de vent finira bien par venir perturber notre toile. Hors les cadres, je te l’accorde, tout s’assemble.  Même les  arts sont plus beaux  sans dorures. Délestons nous de notre passé détestable.  Seul notre présent réinventera du sens futur. Allons le rêver dans ta grotte. Renouons avec l’énigme. Ne reconnaissant que l’illusion de nos noms. Vierges de tout passé composé. Riches de toutes  les métaphores.Fais moi l’amour très fort….surréalistement.





Parles m’en ou tais toi !

11 05 2009

Parles m’en!

A l’ombre de Bruxelles en fête et sur son trente et un, sous les fenêtres tristes d’un quartier vidé de ses habitants, sur la dalle courant d’air où l’on ne fait que passer… quatre cent citoyens ont figé l’instant. Sous le regard complice de badauds étonnés, ils ont défié les règles sacro-saintes du chacun pour soi. En oeuvrant, de concert, à leur tentative immobile, ils ont marqué l’espace-temps de leur geste sans prétention.

Pour contourner les lois de la pesanteur d’une vie prévisible? Pour faire la nique au stress ou à la « crisomanie »? Pour s’approcher de l’immortalité des dieux ?

J’étais l’un deux. Surpris de m’alléger alors que mes muscles s’engourdissaient en position figée. Heureux de m’extraire du monde des vivants, j’existais plus que jamais. Satisfait de partager un même silence, je savourais, debout, un vieux rêve éveillé. Incapable de voir plus loin que ne le permettait mon champ de vision, j’étais parfaitement capable de ressentir le cercle d’énergie que nous dégagions. J’entendais ma mémoire respirer au rythme de mes pensées. Je voyageais au gré du flux des passants qui zigzaguaient entre nous. Je les voyais s’amuser, s’étonner de la dérision surréaliste de nos poses théâtrales. Je les devinais repartir, sans les voir vraiment disparaître.

Alors que, seuls, en couples ou en bandes, nous avions calqué nos masques sur un ressenti collectif, nous avions tous choisi une expression singulière. Fiers de participer à l’illusion, passagers de la comédie universelle, peut-être tentions nous de laisser notre empreinte reposer sur la dalle? Alors qu’à cent mètres, portes ouvertes, le parlement, qui ment plus qu’il ne parle ? , distribuait ses gadgets électoraux , comme autant de bonbons promesses acidulées, …nous savourions la conviction de ralentir l’inéluctable. Sous l’œil indifférent des citadelles buildings où se débattent nos représentants, le spectacle du freezing était offert sans engagement. Mais qui profite du mirage aux alouettes ? Qui s’enrichit de cette promesse d’enfants qui agitent leurs silences comme autant de bouées à la mer ?

Comme les interprètes d’une 9ème qui se la jouerait iconoclaste, musiciens apolitiques aux instruments imaginaires, nous serons plus nombreux la prochaine fois.

Parles m’en ou tais toi !