Lâche moi la grappe avec ta grippe!

26 08 2009

« Lâche moi la grappe avec ta grippe ! Si tu continues à m’angoisser et à comploter, j’arrête de te peloter, con ! ». Ainsi parlait ma voisine  à son provençal de mari. Nous étions sur leur terrasse, par un des ces beaux soirs d’été qui avait fait son plein d’étoiles filantes. Le vent soufflait sur nos masques. Les enfants nous regardaient avec effroi derrière les vitres du salon. Sortir n’était plus sans risque…

Nous étions début août  et la grippe était déjà  partout, prête à bondir et tuer à tour de bras. Aujourd’hui la salope squatte nos mouchoirs, se cache dans les coins café de nos bureaux, guette  nos sorties et s’attaque à nos repas de famille. Après la vache folle, la porcine,  l’espagnole voici la mexicaine. L’organisation mondiale de la rumeur travaille d’arrache pieds à construire la panique indispensable à sa propagation. Tout le monde s’en mêle. La grippe va muter en septembre. Inutile de continuer vos dialyses, vos régimes à basses calories, vos thérapies, de toutes les façons, la grippe va nous exploser la rate, le foie et les couilles. Inutile de fuir, elle va  nous agripper. …

Comme l’Indien qui coupe son bois en haut de la colline confirme au cow-boy que l’hiver sera rude, les préparatifs se multiplient pour faire face à l’ignoble pandémie. Des millions de millions de doses de vaccins sont déjà  commandées par nos ministères de la santé et de l’économie. Et comme une catastrophe n’arrive jamais seule,  nous aurons droit à quelques cyclones aux tempêtes magistrales et dévastatrices comme on en avait plus vues depuis des lustres. Des avions enrhumés vont s’écraser au décollage  sans raisons apparentes. Des vagues scélérates énormissimes provoquées par des tsunamis gigantesques vont déferler sur nos côtes. Les Chinois grâce à leur main d’oeuvre à bon marché auront chahuté les flots en les agitant tous ensemble en parfaite harmonie. Un milliard de petits chinois sautillants seront parvenus  à faire déborder la piscine. Sans oublier le bug de l’an deux mille qui finira bien par avoir lieu. Nostradamus, l’avait prédit…La fin du monde est proche. Une nouvelle maladie entraînera la disparition de l‘homme. Qui s’en plaindra ? Ni les animaux ni les arbres, ni l’ensemble des entités non humaines qui habitent notre univers. Seuls quelques élus en réchapperont. Pour la légende et en sursis. Il est temps de prier. L’église de scientologie va créer un nouveau cours  en dix leçons de six mille dollars chacune. Vous atteindrez peut être en fin de cycle le droit de payer le suivant.  La peste et le choléra ne seront rien, comparées à cette grippe que les mexicains vont vous transmettre. Méfiez vous des sombreros, des castagnettes  et des guitares trafiquées. Evitez les tacos, quesadillas, pozole, carnitas, tamales et surtout les chapulines, ces insectes frits à la sauce citron. Retenez vos envies. La maladie va se transmettre de mille et une façons. Il vaudrait mieux prendre vos précautions exigez de vos partenaires qu’ils prennent leur température avant l’acte. Le thermomètre dans le cul peut être agréable s’il est mis avec amour. C’est gore, d’accord, mais c’est lui qui a commencé avec son film pour nous faire flipper… Allez vous cacher dans le maïs transgénique. Planquez vous dans les serres avec les fraises des bois. Soyez attentifs aux messages quotidiens de la télévision. Si la grippe fait quelques millions de morts dans un pays lointain et que la télé vous offre des bonnes images, donnez sans discuter à médecins sans frontières. On n’est pas des bêtes. Apprenez à décrypter les messages codés des journaux télévisés. Divisez les morts annoncées par cent sur la Une et par mille sur Rtl. Evidemment, Jésus pourrait revenir mettre de l’ordre avant que les démons de tous poils n’en profitent pour transformer nos cités en Sodome et Gomorrhe.  Parce que les pannes de courant vont se multiplier et que c’est bien connu le black out et l’absence de télé poussent à la fornication débridée.  Sous l’effet de la fièvre tout peut arriver… Il suffirait qu’un ingénieur nucléaire attrape le virus entre deux courses à particules sur son accélérateur. Le chercheur, en pleine manipulation dangereuse, éternue  et nous voici repartit pour un Tchernobyl d’une ampleur inimaginable. L’Iran se croira attaquée par les Etats-Unis et enverra ses bombes sur Israël. Les Russes et les Chinois s’en mêleront et la fin du monde sera proche. De toutes façons, les Etats-Unis sont surendettés. Et si l’oncle SAM est à sec, qui paiera la note ?  Tout le monde doit de l’argent à tout le monde. Surtout les banques. Qui va payer les vaccins? Seront-ils réservés aux riches ?   Autant utiliser l’argent des pensions qui ne servira plus à personne. Les prêts hypothécaires sont devenus hypothétiques. Les banquiers ont pris la place des dentistes. L’argent virtuel coule à flots. Qui inventera le vaccin virtuel ? Face à l’inquiétude, plaignons nous. Laissons nous aller aux critiques faciles, aux avis simplistes, aux racismes primaires. Tout est foutu. Il n’y a plus de jeunesse, plus d’équité, plus de valeurs, le monde va à sa perte. Nous ne faisons plus assez de bébés de riches, il va falloir adopter ceux des pauvres. Les chômeurs vont s’organiser et prendre tous les travailleurs en otage.  Comme le disait Lafontaine .C’est les fonds qui manquent le plus. Et pour toucher le fond, on le touche. Vous avez vu le fond des océans ? La vague de grippe suivante sera  piscicole. Bien plus visqueuse que les précédentes, elle nous viendra des crabes et des requins de plus en plus infréquentables. Nous pourrirons comme de la poiscaille sur les plages du Sénégal…

Sortez, fumez, respirez  la fumée des autres, aggravez vos symptômes Autant en finir au plus vite.

Ou alors, comme la confrérie des paniqués ne guérira personne…., sucez un bonbon  pour soulager la toux, faites vous un grog au miel, offrez vous un DVD planant, une couverture  et regardez les étoiles filantes.





Vacances…..

8 08 2009

¨*Vacances : cessation des activités ordinaires…

La ville est nue. Sous les pavés que survolent des vespas, les souvenirs s’allègent. Finies les pénitences. Les terrasses dégoulinent.  Les femmes sont belles. Toutes coloriées de jours d’été. Comme des abeilles, elles promènent en riant  leur taille de guêpes émoustillées. Elles partagent leur parfum d’un mouvement de hanche. Comme un souffle de vent  qui ferait fuir les papillons. Inutile de  leur passer le message. Elles savent… Butinent de jour comme de nuit. Et vivent les vacances. Mais à qui s’intéressent ces divas ?  Pas aux vieux beaux en pâmoison qui font sonner leur pognon. Quel intérêt d’en avoir plein les poches sous les yeux ? Pourquoi aimer les auréoles d’une réussite  trop nette ? Mais de qui rêvent ces belles dames ?  Pas de ces petits jeunes aux gestes maladroits. Leurs soupirs  fanfarons ont des allures de fausses promesses, d’aventure à la va vite. Excepté, de temps à autre, entre deux sommeils,  en encas. Mais en aucun cas par habitude. A qui réservent elles les dérapages de leur rouge à lèvre rubicond ? Pour qui leurs lentilles colorées se feront-t-elles gentilles ? Un regard d’elles et je me damne. Arrêt du cœur. Je meurs illico sur le premier pot de fleurs. Me relève et me jette sous un tram nonante au tout dernier moment en criant « je vous aimais toutes ». Et pendant les deux cents mètres du freinage, accroché par le pantalon,  je deviens mobile comme un Calder. Le cri des freins du tram enragé couvre le chant de leurs prénoms que je tente de prononcer dans mes derniers souffles. Ma mémoire défaillante  perd le fil de mes amours saute mouton. Trop tard, je risque de passer en mode mal aimé.  De devenir nain de jardin lubrique, propriété publique. Que des garces arroseront de leurs moqueries, en passant sans s’émouvoir.

Je divague. Naturellement. Vague impression de surimpression. Un été qui en recouvre un autre qui lui-même… Comme ces poupées slaves qui boivent leur petit lait à la russe. Beautés sauvages, beautés légendes.  Prêtes à tout pour  nous faire des bébés ? Comme je vous comprends.  A dada sur les genoux de bon papa. Dans quelques années, vous rejoindrez le front des mères de la mer du Nord. Votre progéniture s’ennuiera sur les plages en attendant la pluie.  Vos maris, restés à Bruxelles, en pères esseulés, iront par paire, comme de faux jumeaux. Encore un verre. Ca ne mange pas de pain. Jusqu’à pas d’heure. La merveilleuse solitude entre copains. Quand la ville se réveille à peine et en pleine nuit, sans pleine  lune. Quand les endroits branchés somnolent et ferment.  Quand les amis sont aux abonnés absents. Quand il ne vous reste que les plaisirs solitaires. L’horoscope, le sudoku ou le mal au cou? Un cinéma ? Même mon chien soupire. Un court instant il montre les dents. La chaleur rend son humeur soupe au lait. Je n’ai pas le courage de le mordre. A la télé, le journal passe en boucle, en break,  prisonnier  entre deux séries perdues. Ni nouvelles, ni scoops  à se mettre sous la dent. Pas de rumeurs. Tout le monde, il est pas là.  Même mon gsm s’ennuie et fait semblant de recevoir des messages. Fait trop chaud pour écouter la météo. Mon rosé est tiède. La maison est sale. Je refuse de passer l’aspirateur. J’aurais peur de perdre les dernières preuves de mon existence.

Sous les pavés, il n’y a plus de plage. Retour des juilletistes, des aoûtiens et des embouteillages. Inutile de piquer ma crise, l’autre est déjà là. Je me couche et j’éterne. Oui j’éterne. Je me roule en boule et je dors du sommeil injuste. J’attends le retour de l’hiver et ses froidures. Je veux que les femmes se rhabillent, perdent leurs couleurs, que la météo du temps  rejoigne celle des affaires ordinaires. Je veux tourner la page des vacances.