Murmures à Berlin

7 11 2009

Pourquoi parler de chute ? Ce mur ne s’est pas effondré tout seul. Il a fallu des hommes pour l’ériger et d’autres pour l’abattre. Hier, j’ai rêvé d’un homme, fier comme Artaban,  participant à sa mise en place, sous la protection des soldats de la Stasi. Ce même homme, des années plus tard, maniait son marteau piqueur pour faire  craquer le béton. J’ai revu les images de ces  pans entiers recouverts de graffitis protestataires s’effondrant sous les cris libératoires. La foule. Impériale. Foultitude qui s’égosille à répéter des slogans dignes des grands soirs.

Je suis agoraphobe mais ce jour là, mon frère,  j’aurais aimé intégrer la vague.

Me baigner dans le slogan, suer mes frustrations, laisser éclater une joie complice et partagée.

Hors les murs, sans les murs, à l’évidence, nous devrions tous être frères. Mais des deux côtés d’un mur, il ne peut y avoir que des frères ennemis. Des étrangers dangereusement méfiants, qui ne se ressembleraient  pas, des méchants par définition. Alors que chacun parle avec envie de monde meilleur, la haine s’enflamme à chaque énoncé de différences  montées en épingle. Des deux côtés, cependant,  des mouchoirs s’agitent, des visages s’estompent, des  destins  s’évitent. Des rêves  de retrouvailles  lévitent au dessus des barbelés. L’histoire brise les histoires, les familles. L’ennemi a le visage de l’autre avec son autre croyance.

Du travail pour les gardes qui se chargent tout naturellement de faire respecter la démarcation.

Des morts pour ouvrir des brèches de l’autre côté du mur comme celui du miroir. Miroir aux alouettes et aux lendemains qui chantent ?

Qui ment ? Qui donne le ton ? Quand la prison a la taille d’un pays, de quel côté dépeint on le vrai visage de la liberté ? Dis-moi l’historien comment interpréter l’histoire qui se vit quand on en fait partie?

Viens sur mon mur…J’ai parlé sur le tien, je t’ai laissé un message, me répondras tu ? De mur à mur  comme un murmure ?

Je suis émerveillé par l’audace qui a piqué ce peuple scandant : nous sommes le peuple. Affrontant la police de l’ordre établi pour crier son besoin d’autre chose. Un autre chose au goût d’illusions mais l’utopie est un dessert. La démocratie un moindre mal.  Ailleurs c’est proche, fatalement promesse d’horizons sans failles. Comme on interdit aux enfants de dépasser les limites, nos murs imposent les leurs. Checkpoint Charlie, Friedrichstraße, ceci n’est pas une frontière.

Papiers. Passeports. Lentement, au compte goutte, égrainer le passage. Faire payer le prix d’une herbe plus verte par la honte née de l’humiliation. Diviser la ville pour régner sur la discorde. Et si nous haïssions ces murs illégaux, séparant nos maisons, nos peuples ou nos frontières? Que nous apportent ils ? Des lamentations, des sentiments d’impuissance, une vision fermée, une fausse protection ?  Il faut neuf mois pour concevoir un petit d’homme, une seconde pour le tuer. Des mois  pour construire un horrible mur, quelques heures pour le démolir.

Amis de  facebook, qui placez vos messages d’espoir, vos informations stupides ou merveilleuses sur vos murs, soyez rebelles. Ne vous cachez pas derrière vos firewall.  Un mur ne devrait se vivre qu’avec l’envie de l’escalader, de le  sauter, de lui  percer une ouverture. Ne les dressez pas trop hauts, qu’il reste de l’espace pour nos maladresses et nos gestes tendres. Ni trop bas, pour bannir nos mensonges, nos manipulations ou nos indiscrétions,

Quelle que soit l’apparence du mur, je n’ai pas l’étoffe d’un héros. Ce n’était pas moi devant le char, place Tian’anmen.  Je ne suis pas mûr pour ce genre de courage. Face à un homme armé, je serais  désarmé même l’arme au poing. Je crie lèse béton. J’éviterai de toutes mes forces que la brique dans le ventre du belge que je suis aide à construire ce genre de mur.  Quelles que soient nos divergences,  aucune cause, aucun prétexte ne  justifient  de telles constructions. Seuls de grands malades paranoïaques prétendront le contraire. Evitons de leur donner raison. Toutes les saisons sont bonnes pour  faire chuter les murs.

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